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17h00, ils montent dans mon mini bus. Il est en colère quelques uns de ses camarades le menacent encore une fois, faut dire qu’il n’est pas facile de lui confier une quelconque amitié. Il s’agite, je sais que c’est mal parti. J’en paye les frais. Il m’insulte sur vingt cinq kilomètres, rien à faire que l’ignorer sa colère dépasse sa capacité de raisonnement, un rappel à mon insatisfaction juste pour lui dire que j’existe mais il est déjà enfermé dans son monde du mal, où il se bat avec ses vapeurs du passé.
Là, cela s’accélère. Il étrangle son voisin. J’arrête le véhicule. Toujours les mêmes règles. Couper le contact pour éviter qu’un autre se saisisse de l’accélérateur ou débloque le frein à main par jeu, par réflexe ou parce que jamais rien n’arrive comme on le souhaiterait. Donc clés bien en sécurité dans mon jeans, je vais mettre le plus jeune en sécurité. Mais il sort du véhicule en furie, j’essaye de le rattraper il se débat, me frappe, j’excelle dans l’art de l’esquive, bien que…il fuit, il est dehors.
Je le suis mon moteur au ralenti. Rien y fait il n’est plus avec nous. Plus loin je l’attends, espérant sa colère se dissiper. Il est maintenant au milieu de la route, les phares des voitures, puis des camions dans son dos, montée d’adrénaline mais je suis calme. Je sécurite mon véhicule ainsi que les occupants qui pourraient avoir envie d’en faire autant mais ils sont calmes, tellement habitués aux situations inconfortables. J’avance, il s’enfonce d’avantage. Trouver au plus vite les mots les plus justes, le gestes qui va le réveiller de son coma d’écorché mais il est aveugle et sourd, il s’ignore au milieu du monde des vivants. Il dépasse mon mini bus, pour moi la partie est perdue, le portable de service dans les mains je songe à appeler du renfort.
Puis, pourquoi là d’un coup, son regard fait volte face ? Enfin ses yeux me regardent, à travers le pare-brise il avance liquide vers nous, monte à l’avant et me jette à la figure un « tu ne connais pas ma vie ». Il va m’inonder de ses maux, me balance son avant, pendant, après, tout se mélange, sa mémoire est un fouillis de réel, d’irréel. Oui je ne sais rien de sa vie et c’est tant mieux, je l’écoute, l’aide à ouvrir ses poumons pour mieux respirer, à enlever ce poison de ses bronches pour quelques minutes, quelques heures, le temps de le ramener en sécurité et de l’apaiser un peu jusqu’à la prochaine prise de cachet. Le médicament l’aidera à supporter cette haine et fera de lui un être supportable le temps de…
Elle, la tata l’accueillera de sa froideur, lui, il lui volera un baiser mais la scène sent le faux alors je me tais. Je ne veux pas de punition destructrice, je lui ai promis, on prendra le temps de discuter, lui, moi et celui qui saura analyser la situation.
Dix neuf heures je suis chez moi, dix neuf heures trente le repas est sur la table, vingt heures trente, des câlins, une histoire de Franklin, encore un câlin, puis un câlin au chat et puis l’autre, non ça suffit au lit maintenant. Vingt et une heure, j’allume une cigarette, je rédige mon rapport, il faut être précise, il a dit tant de choses.
16h45 un collègue me conseille de lui mettre une « trempe sinon il te fera toujours chier » je lui dit que « je ne sais pas faire seulement me défendre oui je sais ce sera plus long« . Il hoche les épaules. Dans mon mini-bus ce soir j’ai ramené des livres. Il sait un peu lire, je le sais.
Là, cela s’accélère. Il étrangle son voisin. J’arrête le véhicule. Toujours les mêmes règles. Couper le contact pour éviter qu’un autre se saisisse de l’accélérateur ou débloque le frein à main par jeu, par réflexe ou parce que jamais rien n’arrive comme on le souhaiterait. Donc clés bien en sécurité dans mon jeans, je vais mettre le plus jeune en sécurité. Mais il sort du véhicule en furie, j’essaye de le rattraper il se débat, me frappe, j’excelle dans l’art de l’esquive, bien que…il fuit, il est dehors.
Je le suis mon moteur au ralenti. Rien y fait il n’est plus avec nous. Plus loin je l’attends, espérant sa colère se dissiper. Il est maintenant au milieu de la route, les phares des voitures, puis des camions dans son dos, montée d’adrénaline mais je suis calme. Je sécurite mon véhicule ainsi que les occupants qui pourraient avoir envie d’en faire autant mais ils sont calmes, tellement habitués aux situations inconfortables. J’avance, il s’enfonce d’avantage. Trouver au plus vite les mots les plus justes, le gestes qui va le réveiller de son coma d’écorché mais il est aveugle et sourd, il s’ignore au milieu du monde des vivants. Il dépasse mon mini bus, pour moi la partie est perdue, le portable de service dans les mains je songe à appeler du renfort.
Puis, pourquoi là d’un coup, son regard fait volte face ? Enfin ses yeux me regardent, à travers le pare-brise il avance liquide vers nous, monte à l’avant et me jette à la figure un « tu ne connais pas ma vie ». Il va m’inonder de ses maux, me balance son avant, pendant, après, tout se mélange, sa mémoire est un fouillis de réel, d’irréel. Oui je ne sais rien de sa vie et c’est tant mieux, je l’écoute, l’aide à ouvrir ses poumons pour mieux respirer, à enlever ce poison de ses bronches pour quelques minutes, quelques heures, le temps de le ramener en sécurité et de l’apaiser un peu jusqu’à la prochaine prise de cachet. Le médicament l’aidera à supporter cette haine et fera de lui un être supportable le temps de…
Elle, la tata l’accueillera de sa froideur, lui, il lui volera un baiser mais la scène sent le faux alors je me tais. Je ne veux pas de punition destructrice, je lui ai promis, on prendra le temps de discuter, lui, moi et celui qui saura analyser la situation.
Dix neuf heures je suis chez moi, dix neuf heures trente le repas est sur la table, vingt heures trente, des câlins, une histoire de Franklin, encore un câlin, puis un câlin au chat et puis l’autre, non ça suffit au lit maintenant. Vingt et une heure, j’allume une cigarette, je rédige mon rapport, il faut être précise, il a dit tant de choses.
16h45 un collègue me conseille de lui mettre une « trempe sinon il te fera toujours chier » je lui dit que « je ne sais pas faire seulement me défendre oui je sais ce sera plus long« . Il hoche les épaules. Dans mon mini-bus ce soir j’ai ramené des livres. Il sait un peu lire, je le sais.
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d'humanité. bravo à vous. Si c'était de la fiction, je choisirais Romain Duris pour l'interpréter.
Je veux bien être l'os pourvu que je ne laisse pas un goût amer.
23/11/08 à 16h47
Comme dit le Monsieur qui laisse toujours son bureau ouvert (conf ma react plus bas : c'est sur le terrain que l'on agit pas dans un bureau.
et des sacerdoces il en faut.
Ni toi, ni moi (qui suis instit) n'en faisons partie de ce RASED (réseau d'aide scolaire aux enfants en difficultés)... mais moins il y aura de personnes spécialisée, plus les situations que tu décris là se produiront... et tout le monde n'a pas ta douceur, ta psychologie ni ta patience! Bravo pour ce joli texte,qui décrit la souffrance d'un enfant plutôt que de condamner son comportement hors norme...
Loin des théories comportementales...sans amitié et sans amour.
La révolte est saine, mais où est la limite supportable pour les autres...
La révolte est saine, mais où est la limite supportable pour les autres...
22/11/08 à 12h32
nullepart
lui , des comme toi !
bien, ces réactions ne peuvent que me conforter dans l'idée que l'apaisement ouvre la voie à de nouvelles perspectives pour ces enfants qui ne connaissent que le mur de leur colère dans lequel ils se cognent violemment.
Merci Lucilius et nullepart moi j'admire ceux qui se donnent depuis tant d'années auprès de ces "enfants cassés pour lesquels nous n'avons pas de recette miracle à offrir seulement notre humanité" (propos d'un monsieur qui laisse toujours son bureau ouvert)
Merci Lucilius et nullepart moi j'admire ceux qui se donnent depuis tant d'années auprès de ces "enfants cassés pour lesquels nous n'avons pas de recette miracle à offrir seulement notre humanité" (propos d'un monsieur qui laisse toujours son bureau ouvert)
22/11/08 à 10h27
nullepart
son refus de rentrer dans la violence ,est sans doute un point d'ancrage exceptionnel pour lui ! je m'exprime mal mais je suis admirative de ton attitude ,reinette ...
de ce que vous faites tous les jours...
Je ne parle pas du texte mais de votre métier.
Comme je ne pense pas être une exception, j'ai tendance à croire que l'exception c'est vous. et vos collègues.
Je ne parle pas du texte mais de votre métier.
Comme je ne pense pas être une exception, j'ai tendance à croire que l'exception c'est vous. et vos collègues.
profilperdu : merci
lucilius : nan là c'est trop lucilius c'est gentil mais c'est un peu tout much non ?
lucilius : nan là c'est trop lucilius c'est gentil mais c'est un peu tout much non ?
et en + toujours cette écriture...
Sirius : quelle chance il a, lui, il sait lire. En lisant, il se calme et les autres l'écoutent, il existe autrement, j'aime bien l'image.
Marinette : la violence, elle est son quotidien et je n'aime pas ce quotidien.
janisjop : horriblement triste oui mais il existe encore, d'autres se taisent.
capucine : merci
invenies : merci de me le rappeler pour éviter de douter...parfois.
Marie-constance : merci
touslesbato : oui
Marinette : la violence, elle est son quotidien et je n'aime pas ce quotidien.
janisjop : horriblement triste oui mais il existe encore, d'autres se taisent.
capucine : merci
invenies : merci de me le rappeler pour éviter de douter...parfois.
Marie-constance : merci
touslesbato : oui
*****
21/11/08 à 13h21
l'adulte comprend et ne joue pas sur le même registre..Sauf que ça ne laisse pas intact..
une autre voie que la violence pour répondre à toute cette souffrance... C'est bien
les maudits un temps. J'aime votre chemin qui va croisé le sien.*****

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reinette88
publié le 21 nov. 08