L'AUTOMNE VIENDRA
Aujourd'hui, il chante le printemps, un printemps finissant qui s'étire comme les ailes d'un
héron, un printemps qui freine au seuil de l'été. Garder ces petits coussins d'air sous les pieds,
ces paquerettes qui parsèment sa vision de l'avenir...Rester au printemps, retenir les
bougeons, les tromper de saison, empêcher ces naissances glorieuses, porteuses de la gloire
d'une mort annoncée....Son printemps à lui, c'est cette odeur dans ses cheveux quand le rire
fouette l'air de sa chevelure...Empêcher l'été, le garder sous forme de cette vision merveilleuse
à jamais à venir. Ne pas croquer ce fruit mûr dont le présent sonne déjà comme une fin.
L'appeler, la bercer de mots doux comme des bouquets de jonquilles. Raccrocher sur le bruit de
ses lèvres qui étirent ce sourire sous ses orbes rieurs. Suspendre aujourd'hui à demain,
suspendre ce baiser à ses lèvres demain, l'empêcher de faner. Lui donner le printemps en
juillet.
Il a raccroché. Trois jours qu'il lui dit qu'il ne peut pas la voir. Il a senti cette fois encore qu'elle
souriait au téléphone à travers sa voix qui sonnait comme ces petites clochettes en mobile
agitées par le vent. Mais bien sûr, il faudra qu'il la revoie, qu'il la touche, qu'il la respire. Il la
veut tout à lui. Mais quel sens cela a-t-il si elle ne peut lui échapper ? s'il l'a tout à lui, alors la
permanence doucement les acheminera vers l'été, les jettera dans l'automne. Mais l'automne
ne porte pour fruits que l'amertume et l'oubli de printemps évanouis. Figer le temps,
l'emprisonner dans les arbres bourgeonnants, dans les nids des oiseaux, sous la corolle des
fleurs...Le lester dans le lit d'une rivière, qu'il se répande à l'infini. Il soupire. Sous ses
paupières battent les pulsations du printemps tandis que son corps repose, oublieux de ces
douleurs qui le visitent quelquefois quand le temps est humide. Il s'endort au son de sa voix qui
fredonne leur chanson, tout doucement, decrecendo...
Une infirmière...
- Alors, il va bien ce matin, monsieur Dumel ? Il a bien dormi ?
Mais pourquoi faut-il qu'il rêve de cette harpie ? et où est Marie, sa Marie, son ange? Penser fort
et sortir de ce cauchemar....
- Pierre, tu te poses trop de questions, tu sais.
C'était Marie, hier sous la véranda, elle lui avait dit cela lorsqu'il avait exprimé une inquiétude
au sujet de...Il ne se souvient plus !
Souvent, il envie les gens simples, ceux qui ne se posent pas de questions. Il parait que ça
existe ! il les envie, oui, les gens simples n'ont pas l'arme fatale de l'introspection.
Il sent qu'on lui touche le bras, une piqûre - L'été, encore une guêpe. Il faudra qu'il dise à Marie
de fermer les fenêtres. Enfin, la harpie est partie, c'est toujours ça ! Se laisser partir à la
dérive, écouter le chant des oiseaux...
Une main qui prend la sienne, posée sur le drap blanc. Une vieille femme se tient là et lui offre
un sourire d'une douceur qui lui rappelle vaguement quelqu'un. Il a soif. Elle lui tend un verre.
Il n'ose pas demander, mais tout de même, c'est un peu fort, pourquoi cette vieille dame lui
passe-t-elle la main sur le front avec toute cette tendresse ? C'est pour le moins inconvenant.
Sa mère ? Se pourrait-il qu'elle soit sa mère ? Non, il n'en est pas sûr. Et comment a-t-il pu
oublier à quoi ressemblait sa mère ? et Marie, où est Marie ? Il l'appelle, affolé....Une voix, tout
près ...
- Je suis là, mon chéri, ne t'agite pas.
C'est la vieille dame !
- Mais, quel jour sommes-nous ?
- C'est aujourd'hui le 15 novembre, mon chéri. Je suis venue te chercher, tu as l'autorisation de
sortir spécialement aujourd'hui.
- Sortir ? Spécialement aujourd'hui ? Mais pourquoi ?
- C'est aujourd'hui notre cinquantième anniversaire de mariage, mon chéri, tu ne te souviens
pas ?
Aujourd'hui, il chante le printemps, un printemps finissant qui s'étire comme les ailes d'un
héron, un printemps qui freine au seuil de l'été. Garder ces petits coussins d'air sous les pieds,
ces paquerettes qui parsèment sa vision de l'avenir...Rester au printemps, retenir les
bougeons, les tromper de saison, empêcher ces naissances glorieuses, porteuses de la gloire
d'une mort annoncée....Son printemps à lui, c'est cette odeur dans ses cheveux quand le rire
fouette l'air de sa chevelure...Empêcher l'été, le garder sous forme de cette vision merveilleuse
à jamais à venir. Ne pas croquer ce fruit mûr dont le présent sonne déjà comme une fin.
L'appeler, la bercer de mots doux comme des bouquets de jonquilles. Raccrocher sur le bruit de
ses lèvres qui étirent ce sourire sous ses orbes rieurs. Suspendre aujourd'hui à demain,
suspendre ce baiser à ses lèvres demain, l'empêcher de faner. Lui donner le printemps en
juillet.
Il a raccroché. Trois jours qu'il lui dit qu'il ne peut pas la voir. Il a senti cette fois encore qu'elle
souriait au téléphone à travers sa voix qui sonnait comme ces petites clochettes en mobile
agitées par le vent. Mais bien sûr, il faudra qu'il la revoie, qu'il la touche, qu'il la respire. Il la
veut tout à lui. Mais quel sens cela a-t-il si elle ne peut lui échapper ? s'il l'a tout à lui, alors la
permanence doucement les acheminera vers l'été, les jettera dans l'automne. Mais l'automne
ne porte pour fruits que l'amertume et l'oubli de printemps évanouis. Figer le temps,
l'emprisonner dans les arbres bourgeonnants, dans les nids des oiseaux, sous la corolle des
fleurs...Le lester dans le lit d'une rivière, qu'il se répande à l'infini. Il soupire. Sous ses
paupières battent les pulsations du printemps tandis que son corps repose, oublieux de ces
douleurs qui le visitent quelquefois quand le temps est humide. Il s'endort au son de sa voix qui
fredonne leur chanson, tout doucement, decrecendo...
Une infirmière...
- Alors, il va bien ce matin, monsieur Dumel ? Il a bien dormi ?
Mais pourquoi faut-il qu'il rêve de cette harpie ? et où est Marie, sa Marie, son ange? Penser fort
et sortir de ce cauchemar....
- Pierre, tu te poses trop de questions, tu sais.
C'était Marie, hier sous la véranda, elle lui avait dit cela lorsqu'il avait exprimé une inquiétude
au sujet de...Il ne se souvient plus !
Souvent, il envie les gens simples, ceux qui ne se posent pas de questions. Il parait que ça
existe ! il les envie, oui, les gens simples n'ont pas l'arme fatale de l'introspection.
Il sent qu'on lui touche le bras, une piqûre - L'été, encore une guêpe. Il faudra qu'il dise à Marie
de fermer les fenêtres. Enfin, la harpie est partie, c'est toujours ça ! Se laisser partir à la
dérive, écouter le chant des oiseaux...
Une main qui prend la sienne, posée sur le drap blanc. Une vieille femme se tient là et lui offre
un sourire d'une douceur qui lui rappelle vaguement quelqu'un. Il a soif. Elle lui tend un verre.
Il n'ose pas demander, mais tout de même, c'est un peu fort, pourquoi cette vieille dame lui
passe-t-elle la main sur le front avec toute cette tendresse ? C'est pour le moins inconvenant.
Sa mère ? Se pourrait-il qu'elle soit sa mère ? Non, il n'en est pas sûr. Et comment a-t-il pu
oublier à quoi ressemblait sa mère ? et Marie, où est Marie ? Il l'appelle, affolé....Une voix, tout
près ...
- Je suis là, mon chéri, ne t'agite pas.
C'est la vieille dame !
- Mais, quel jour sommes-nous ?
- C'est aujourd'hui le 15 novembre, mon chéri. Je suis venue te chercher, tu as l'autorisation de
sortir spécialement aujourd'hui.
- Sortir ? Spécialement aujourd'hui ? Mais pourquoi ?
- C'est aujourd'hui notre cinquantième anniversaire de mariage, mon chéri, tu ne te souviens
pas ?
réactions : 18
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votes : 10
Voici les 18 dernières réactions à ce commentaire
Date
Titre (cliquez pour lire)
Rédacteur
18/11/08 à 18h31
c'est le printemps....en toutes saisons.
et si la nostalgie et le souvenir du printemps fait partie de l'automne, c'est aussi une partie de son charme.
Je retiens 2913...je ferai un détour quand je verrai ton nom!!
17/11/08 à 12h23
ASANFROI
mais ce qui est valable pour la nature végétale, ne l'est pas pour la nature animale !
17/11/08 à 10h57
pour ceux qui se sont arrêtés sur la route de la vie passée,automnes et hivers pour ceux qui restent dans le présent...Reste la tendresse,perceptible dans ces deux mondes si tristement séparés...
Le temps fantôme draine ses souvenirs...
les voir encore danser au bord des yeux
et ne pas essayer de gommer le flou...
les voir encore danser au bord des yeux
et ne pas essayer de gommer le flou...
suis pas sûre d'avoir bien fait de le poster ce com....
Oui, ne garder que les débuts, les printemps, les promesses, les prémisses, les commencements de rêves !
Quelle émotion cette confusion dans le temps que lui offre sa maladie..
Quelle émotion cette confusion dans le temps que lui offre sa maladie..

émotion !
Il s'en est allé au deuxième jour de l'été .... pas facile de trouver les lettres sur le clavier avec les yeux brouillés.
Forte émotion à la lecture de ce texte, c'est encore tout proche ...
Forte émotion à la lecture de ce texte, c'est encore tout proche ...
n'est pas loin
16/11/08 à 21h21
Mais très beau com...

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vingtneuftreize
publié le 16 nov. 08